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Le Puits

Publié le

« Écritoire » présente  :

lundi 3 juillet 2017
20h30
Théâtre Darius Milhaud
Le Puits
LE PUITS
lecture d'un texte de
Pierre Lagorce
 

Durant la guerre, des partisans ont assassiné un traître. Vingt ans plus tard, les « patriotes », qui jouissaient du respect général, sont confrontés à Fouinard. Pourtant, après l’avoir condamné, ils l’avaient précipité, lourdement lesté, au fond d’un puits. Ils le voient partout. Ils le croisent jusque dans la ville voisine, jusque dans le train. Il écrit, il dénonce. Plus de repos. Le spectre - ou peut-être Fouinard en personne - s’est évadé de la prison de leurs mémoires, a ouvert grand les portes et libéré tous les souvenirs incarcérés. Les héros statufiés se désagrègent.

lecture dirigée par Marie Josée Brakha

© visuel : Pierre Lagorce

voix off : Marie Josée Brakha
voix off : Marie Josée Brakha
voix off : Marie Josée Brakha
voix off : Marie Josée Brakha
voix off : Marie Josée Brakha
voix off : Marie Josée Brakha
voix off : Marie Josée Brakha
voix off : Marie Josée Brakha
voix off : Marie Josée Brakha
voix off : Marie Josée Brakha

voix off : Marie Josée Brakha

Le Puits
compte-rendu de la soirée
J'ai vécu lundi soir un beau moment.
J'ai rencontré des comédiens comme je l'entends, de ceux qui vont chercher en eux  pour donner vie  à ce "quelqu'un" qui était là, latent attendant qu'on le crée.  Ils ont produit beaucoup plus qu'une simple lecture, ils ont joué. J'emploie le mot "jouer" car c'est celui qu'on emploie en général. Mais j'aime mieux "faire surgir de soi", expression un peu longue et c'est peut-être pour cela qu'elle n'est pas plus usitée.
Les six interprètes ont fait naître leur personnage :  l'Antoine de Philippe Godin, le Bernard d'André Suard, le Charles de Dominique Dariel, le Denis d'Eric Chantry,  l'Elsa de Patricia Mesplié, le François de Georges Mettra. Et je me suis reconnu en chacun d'eux, de façon souvent hallucinante. Plus qu'une simple lecture, ai-je dit. Des personnages "mis en corps" : énergie, sensibilité, gestuelle et postures, voix , tout était là, vivant de la vie des comédiens.
J'ai découvert des aspects de mes créatures de papier que j'ignorais. C'est étonnant comme le passage d'un auteur à un interprète peut révéler de virtualités latentes. J'ai l'expérience d'avoir mis en scène des pièces dont j'étais l'auteur. Des interprétations nouvelles apparaissaient de la même façon, mais c'était au fil des répétitions, le fruit d'une création commune entre le metteur en scène et les comédiens. Lundi soir, j'étais spectateur, je connaissais le texte mais je ne savais pas ce que j'allais voir. L'effet de découverte de mes personnages re-créés a joué : j'étais bouleversé.
Denis, l'enfant Denis, était hallucinant de vérité, de sincérité, de présence. Bernard était un personnage oublieux du poids porté depuis des années, un homme tout en forfanterie, gloriole provinciale, bêtise. François, créé par Georges avec finesse et sobriété, existait dans toute la vérité de son angoisse et de ses ambiguïtés. (Un spectateur a dit que c'était lui le plus "salaud".) Philippe et Patricia ont su faire vivre dans le rapport de couple d'Antoine et d'Elsa, la sensibilité et la lourde culpabilité de ces deux personnages qui, outre le poids des actes commis avec leurs camarades, portent le remords d'une histoire d'amour commençant par un double meurtre. Charles, enfin... Je l'avais voulu un méchant sans âme ni remords. Dominique, l'a créé ricanant et goguenard et j'ai compris que cette goguenardise, c'est cela justement la faille de Charles, que ce personnage m'a échappé, qu'il n'est pas taillé dans l'acier, qu'il est humain lui aussi.
La "mise en place" opérée par Marie Josée Brakha était déjà une mise en scène. La distribution était excellente, je l'ai déjà dit. Le mouvement dramatique, le suspense, le rythme ont tenu le public en haleine. Chaque personnage, entrant, sortant, se déplaçant était à sa place à tout moment. J'ai beaucoup apprécié la sobriété et l'efficacité de l'éclairage comme la concision et la netteté de la voix off.
Et j'ai trouvé excellente, l'utilisation de l'espace pour créer la distance temporelle entre "il y a vingt ans" et le présent. Un spectateur a remarqué que la mise en scène était presque achevée, qu'on pourrait s'arrêter à ce dispositif. Je pense que c'est juste.
Je remercie Marie Josée Brakha pour son travail remarquable et les comédiens pour l'enchantement qu'ils m'ont procuré et ce qu'ils m'ont appris.

   Pierre Lagorce

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